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Quelques jours plus tard, je reviens dans l’atelier, je regarde les photos. J’y découvre par hasard mon reflet
mouillé, fugace, un jeu entre moi et moi. Non, ça ne va pas. Quelque chose m’a imposé, (prié ?) de suggérer
une image évocatrice, une dimension esthétique. Je repense à cette phrase de Picasso lue et relue :
“On
devrait crever les yeux des peintres comme on le fait pour les chardonnerets, afin qu’ils chantent mieux”
.
Spontanément je ferme les rideaux. Dans la lumière trompeuse, on trie, on soupèse, on départage.
J’accroche à ma taille un récipient avec de l’eau. Je ferme les yeux, je cale mon corps sur mes pieds. Le sol
me rassure. La main gauche s’agrippe au bord du tableau. La droite saisit l’éponge et saute dans le trou
noir. Les yeux fermés, je me sens monter au ciel. Je mouille le trottoir sans hésiter, comme cela me vient,
dans une gestuelle sans arbitrage, uniquement guidé par un influx intérieur. J’ai plus d’eau qu’il ne m’en
faut. C’est égal. Elle coulera par terre. Je me déchausse pour patauger dedans. Mes pieds sont au frais.
C’est bon. Je maîtrise cet impérieux besoin de regarder «l’être mouillé”, et là enfin, les yeux fermés, sans
habiletés, sans mémoire, sans couleur, dans un silence intérieur, je laisse se faire une série d’œuvres
éphémères, peintures d’eau sur tableau noir.
Quand j’ouvre enfin les yeux, j’assiste aux derniers instants de «l’être mouillé» que j’accompagne jusqu’à
son dernier souffle de vie.
Puis-je aller plus loin ?




