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Il est parfois des rendez-vous qu’on rate (d’un numéro

de rue, d’une très légère avance) et qui changent une

vie. Mon père a peut-être eu cette chance : ne pas être

au bon endroit au bon moment. C’est cela aussi la beauté

d’une trajectoire. Et qui sait si ce ne fut pas sa plus

grande chance ? Lorsqu’un peintre rencontre son époque,

un public, ne se fige-t-il pas, même symboliquement,

dans une “posture”, sa “façon” ? Ne signe-t-il pas son

propre arrêt ? A tout le moins, c’est certain, il se dévoie.

Pedro (Pedro Martir Alcalá Jimenez de son nom complet)

aura eu cette possibilité inouïe de passer son chemin,

de poursuivre sa quête en homme libre, en

“chercheur

d’art”

comme il le dit lui-même, sans rencontrer d’autre

obstacle que son esprit.

Bien sûr ce sera aussi sa faiblesse. L’énergie que vous

insufflent les autres sur le bord de la route (surtout dans

les cols), par leurs encouragements, Pedro ne les aura

jamais entendus…

Un matin de l’été 1994, après une séance de pure liberté,

à l’éponge et à l’eau sur un tableau noir, il s’arrêta net,

ferma son atelier pour ne jamais plus y revenir.

“Je garde

ma peinture dans ma tête”

dit-il désormais.

Ce livre est une cartographie. Au-delà de ce qui est

peint, elle dévoile ce qu’il y a

“à peindre et à penser”

.

En zoomant sur une quinzaine d’années, elle révèle un

parcours “parallèle” (au sens où les lignes se rejoignent –

peut-être – à l’infini). Les extraits de son journal de bord

éclairent les œuvres ici et là, mais il s’agit bien, et avant

tout, de

raconter le chemin qui ne va nulle part mais où

l’on se sent obligé d’aller

.

Serge Alcalá,

Marseille, le 12 décembre 2015