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Lettre à un
(
e
)
inconnu
(
e
)
“qui était à l’œuvre durant ces 15 années ?
Honnêtement, je ne le sais plus. J’ai peint comme dans un état second, une frénésie, un
moment de grâce… 15 ans, un souffle. Je ne juge pas ce que j’ai fait. Il y a eu de bonnes
choses, des fulgurances, quelques paresses sur le long terme. Comme dans toute œuvre.
Ma peinture en vaut sans doute bien d’autres, et, je le redis avec force, peu importe ce que
j’ai peint ! Du rouge, du vert, des visages, des formes, des rayures… Ce que je revendique,
c’est ma position de peintre face à ce qui, depuis Lascaux, nous fait face : parois d’une
caverne, bois, ciment, toile blanche… J’ai peint face au vide, devant la nada. C’est dans ce
changement radical que réside mon apport à l’histoire de l’art. La transparence est pour
moi un dispositif nouveau pour capturer l’au-delà du visible, les mouvements de l’âme, la
limpidité de l’être…
D’autres diront pourquoi et comment cette absence de “page blanche” modifie le travail de
l’artiste. Pour moi, ces toiles sont autant de croquis sur un carnet de voyage. J’ai exploré
l’étendue des possibles : la couleur, la ligne, la surface, la figure… Ce ne sont que des
moments de recherche, des étapes vers ma vérité. Il faudrait plusieurs vies pour explorer
chaque piste merveilleuse ; je laisse ce bonheur à cent générations futures. Ou à l’oubli.
Mon fils a voulu rendre compte de ce voyage. Il évoque la “nécessité de transmettre”. Il
a compilé et mis en perspective toiles et notes de cette période. Il me connaît sans doute
désormais mieux que moi-même car, je l’avoue, après presque 20 années sans peindre, je me
suis devenu tellement étrange… “étranger” à moi-même. Je ne sais plus qui j’étais alors.
Je ne sais qu’une chose, la peinture inversée est vivante, l’art n’est pas mort.
Pierre Alcalá
Paris, 12 décembre 2012




