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octobre 1989
– Lisant et relisant l’ouvrage de
Mario Ruspoli sur Lascaux, j’ai une vision : au
profond de la terre, sur les parois de la grotte,
je me vois peindre devant ceux de ma tribu
un splendide et terrifiant bison. A la lumière
vacillante des torches, il semble littéralement
prendre vie et relief. Or, le lendemain, les
guerriers tuent ce même animal… N’ai-je pas
donné naissance à “
l’image magique
” ? N’y a-t-il
pas un fond de magie dans l’image ?
Et si la puissance de la “représentation” s’était
inscrite précisément à “ce moment-là” de
l’aventure humaine ? N’est-ce pas ce pouvoir
surnaturel que nous sentons confusément quand
nous sommes devant l’œuvre d’un artiste ?
Pourquoi depuis des millénaires l’art nous fascine-
t-il ? bien au-delà de la représentation (le sacre
de Napoléon, la crucifixion de Jésus – mais a-t-il
même existé ? –, l’autoportrait de Francis Bacon),
nous sentons instinctivement que l’artiste nous
fait accéder à un monde inconnu, une forme de
haute spiritualité… l’art est une “dimension”, il
ne nous fait pas voir en relief, mais différemment :
au-delà de l’écorce des choses (l’au-delà ?).
Comme le temps enrichit l’espace, l’art ajoute à la
compréhension du monde.
novembre 1989
– L’immonde mur est tombé !
Est-ce un signe ? Je suis en ébullition. Sous le choc,
mes gestes ont explosé. Le gardien de Lascaux est
un jaillissement, il est littéralement “sorti de moi”
comme l’exorciste arrache au possédé “l’esprit
qui le hante”. Ce fut un moment d’exception, une
éruption après un long découragement.
novembre 1989
– Il est là, l’homme libre !
Au milieu d’un champ sous un ciel brûlé, immense.
Rien ne le distingue du commun des mortels,
aucune auréole, aucune consécration éphémère.
Il passe, comme tout un chacun et il le sait et
l’accepte. Il n’a rien à prouver, rien à justifier.
Peut-être seulement quelque chose à transmettre.
Pas de l’expérience – c’est un chemin qu’il faut
faire seul – non, juste pointer du doigt pour
indiquer le seul chemin possible :
“Marche vers le
ciel”.
“Selon toutes les apparences, l’artiste agit à la
façon d’un être médiumnique qui, du labyrinthe
par-delà le temps et l’espace, cherche son chemin
vers une clairière. Si donc nous accordons les
attributs d’un médium à l’artiste, nous devons
alors lui refuser la faculté d’être pleinement
conscient, sur le plan esthétique, de ce qu’il fait
ou pourquoi il le fait – toutes ses décisions dans
l’exécution artistique de l’œuvre restent dans le
domaine de l’intuition et ne peuvent être traduites
en une self-analyse, parlée ou écrite ou même
pensée.”
Marcel Duchamp
le gardien de Lascaux
H/L: 100/81 - 1989
“Il passe, comme tout un chacun,
et il le sait et l’accepte.”




