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Décembre 1990
– Je le réalise et c’est terrible,
tout est là ! posé devant nous – c’est une
certitude – mais tellement grand, disproportionné,
qu’on n’arrive pas à
voir
ce que c’est. Alors chacun
ne noie dans un détail qui le submerge, fige son
regard dans une direction exclusive qui l’œillère.
Je dois regarder
ça
, uniquement
ça
! Le monde a
l’apparence imposante d’une évidence partagée, et
nous contribuons tous à ce qu’elle tienne debout,
mais “
si les vieilles voûtes ne s’écroulent pas,
c’est que leurs pierres veulent tomber toutes à la
fois
” dit la chanson. Maintenant je sais qu’on
ne sait rien ; je vois que rien n’est résolu. Nos
hypocrisies, nos mensonges s’étayent les uns les
autres, mais le fait de courir tous, plus ou moins,
vers les mêmes mirages prouve seulement notre
appartenance à un banc de sardines. être humain,
c’est suivre son voisin. Cela étant posé, que
faire de cette braise ardente ? à quoi bon vouloir
entraîner les autres dans de telles profondeurs ?
L’illumination
m’a plongé dans le noir.
Où que je tourne la tête, l’infinie platitude du vide.
C’est de là que je dois partir ; ce dernier rocher
hors d’eau est mon point de départ : il n’y a rien.
Je dois m’accommoder de cette vie, de ce savoir, et
pour cela accommoder ma vision. Tout est dans la
façon de voir, de perce-voir.
“à quoi bon vouloir entraîner les autres
dans de telles profondeurs ?”
méandres de la ville haute
H/L: 116/89 - 1993




