Previous Page  54 / 79 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 54 / 79 Next Page
Page Background

– 132 –

Décembre 1990

– Je le réalise et c’est terrible,

tout est là ! posé devant nous – c’est une

certitude – mais tellement grand, disproportionné,

qu’on n’arrive pas à

voir

ce que c’est. Alors chacun

ne noie dans un détail qui le submerge, fige son

regard dans une direction exclusive qui l’œillère.

Je dois regarder

ça

, uniquement

ça

! Le monde a

l’apparence imposante d’une évidence partagée, et

nous contribuons tous à ce qu’elle tienne debout,

mais “

si les vieilles voûtes ne s’écroulent pas,

c’est que leurs pierres veulent tomber toutes à la

fois

” dit la chanson. Maintenant je sais qu’on

ne sait rien ; je vois que rien n’est résolu. Nos

hypocrisies, nos mensonges s’étayent les uns les

autres, mais le fait de courir tous, plus ou moins,

vers les mêmes mirages prouve seulement notre

appartenance à un banc de sardines. être humain,

c’est suivre son voisin. Cela étant posé, que

faire de cette braise ardente ? à quoi bon vouloir

entraîner les autres dans de telles profondeurs ?

L’illumination

m’a plongé dans le noir.

Où que je tourne la tête, l’infinie platitude du vide.

C’est de là que je dois partir ; ce dernier rocher

hors d’eau est mon point de départ : il n’y a rien.

Je dois m’accommoder de cette vie, de ce savoir, et

pour cela accommoder ma vision. Tout est dans la

façon de voir, de perce-voir.

“à quoi bon vouloir entraîner les autres

dans de telles profondeurs ?”

méandres de la ville haute

H/L: 116/89 - 1993