Previous Page  34 / 79 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 34 / 79 Next Page
Page Background

– 72 –

Novembre 1983

– La photographie a débarrassé

la peinture de la corvée réaliste, mais c’est de son

caractère figuratif que j’ai mis le plus de temps à

me défaire. La faute aux compotiers, aux paysages,

la faute aux copies. La peinture est une écriture,

elle ne mime pas, ne singe pas la réalité. La carte

n’est pas le territoire. Ceci n’est pas une pipe. Le

mot n’est pas la chose, il la contient, l’absorbe

comme un buvard et le regardeur la déploie, la

réinvente pour lui-même.

Décembre 1983

– Fra Angelico, où voyait-il ces

anges aux ailes si délicates ? Je ne me lasse pas

de passer en revue les trésors des musées. Les

raboteurs de parquet de Caillebotte, les Ménines

de Vélasquez… Quels prodiges ! Il y a là une

sensibilité, une âme… Des capteurs ! Voilà ce

qu’ils sont ! Ils captent un “au-delà du visible” :

l’émotion toute humaine, la pulsation intime qui

nous vient des étoiles et qui nous dit qu’il y a

toujours quelque chose de “grand” caché derrière.

Qu’ai-je à peindre ?

Rien, alors je dois le faire

“bien”, avec application.

Janvier 1984

– J’ai vu la métamorphose de l’art

contemporain. J’ai vu, je n’y crois plus. Il y a une

forme d’intransigeance en moi qui ne supporte pas

ces laisser-aller. L’Art est une tension, un par-delà

l’humain. Tout relâchement est une trahison. Le

XX

e

 siècle est celui de tous les dangers. La plus

sublime expression côtoie le plus grand vide. L’Art

contemporain ? de l’Art comptant pour rien, de

l’Art qu’on tend pourri, voilà où nous en sommes.

Le marché a créé l’ornière où la sincérité se noie.

Et qu’est-ce qu’un artiste in-sincère ?

Una mierda

seca !

Il y a une forme de fascisme intellectuel à

vouloir nous convaincre du contraire.

la belle énigmatique

H/L: 81/65 - 1982

où est-il?

H/L: 72/93 - 1982

femme dans un musée

H/L: 89/116 - 1982