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Novembre 1983
– La photographie a débarrassé
la peinture de la corvée réaliste, mais c’est de son
caractère figuratif que j’ai mis le plus de temps à
me défaire. La faute aux compotiers, aux paysages,
la faute aux copies. La peinture est une écriture,
elle ne mime pas, ne singe pas la réalité. La carte
n’est pas le territoire. Ceci n’est pas une pipe. Le
mot n’est pas la chose, il la contient, l’absorbe
comme un buvard et le regardeur la déploie, la
réinvente pour lui-même.
Décembre 1983
– Fra Angelico, où voyait-il ces
anges aux ailes si délicates ? Je ne me lasse pas
de passer en revue les trésors des musées. Les
raboteurs de parquet de Caillebotte, les Ménines
de Vélasquez… Quels prodiges ! Il y a là une
sensibilité, une âme… Des capteurs ! Voilà ce
qu’ils sont ! Ils captent un “au-delà du visible” :
l’émotion toute humaine, la pulsation intime qui
nous vient des étoiles et qui nous dit qu’il y a
toujours quelque chose de “grand” caché derrière.
Qu’ai-je à peindre ?
Rien, alors je dois le faire
“bien”, avec application.
Janvier 1984
– J’ai vu la métamorphose de l’art
contemporain. J’ai vu, je n’y crois plus. Il y a une
forme d’intransigeance en moi qui ne supporte pas
ces laisser-aller. L’Art est une tension, un par-delà
l’humain. Tout relâchement est une trahison. Le
XX
e
siècle est celui de tous les dangers. La plus
sublime expression côtoie le plus grand vide. L’Art
contemporain ? de l’Art comptant pour rien, de
l’Art qu’on tend pourri, voilà où nous en sommes.
Le marché a créé l’ornière où la sincérité se noie.
Et qu’est-ce qu’un artiste in-sincère ?
Una mierda
seca !
Il y a une forme de fascisme intellectuel à
vouloir nous convaincre du contraire.
la belle énigmatique
H/L: 81/65 - 1982
où est-il?
H/L: 72/93 - 1982
femme dans un musée
H/L: 89/116 - 1982




