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je peins sur la transparence.
Après des années d’apprentissage à triturer la toile de lin au pinceau, à la brosse, au couteau,
je peins sur la transparence. A même l’espace. J’accueille la peinture comme la rétine s’irradie
de lumière, à travers une cornée limpide. Je ne peins plus, comme on le faisait depuis des
millénaires, pour ce qui me fait “face” ! Mais pour vous, “pile” de l’autre côté du miroir. Pour la
première fois, lorsque je peins, l’envers est l’endroit, et surtout je commence mes tableaux par
la fin, comme ils seront vus, définitifs, car après les instants premiers, les couches ajoutées, les
empâtements sont inutiles, sans effet. Je peins sans repentirs, le juste nécessaire. Je peins et mon
œuvre me tourne le dos ! Fini la complaisance. J’en ai gâché des années à peindre les dessous !
Je peins la couche finale “alla prima”, dans la spontanéité du geste ; à chaque tentative, être à
soi-même sa propre conclusion. Je suis un capteur, un passage, une transcription instantanée ;
je peins presque à mon insu ; je peins sur un fragment de ciel, dans le lointain du paysage, dans
l’oubli de moi-même, à perte de vue. Je peins comme on se jette dans le vide. Au-delà, il y a la
nada et ses néants transparents…




