SINN - Le catalogue 2021/2022

20 Seuls quelques élus ont eu le privilège de monter à bord d’une navette spatiale. Le développement du système Spacelab, qui a démarré immédiatement après les missions Apollo au début des années 1970, a permis pour la première fois à des scientifiques européens de vivre et de travailler dans l’espace. Deux ans seulement après Ulf Merbold, qui avait participé à la 1 re mission Spacelab pilotée conjointement par la NASA et l’ESA, Reinhard Furrer et moi-même avons été sélectionnés dans le cadre de la mission spatiale allemande D1. Nous avons ainsi passé une semaine à bord de la navette spatiale et conduit une centaine d’expériences scientifiques en orbite autour de la Terre. Lorsque Reinhard Furrer et moi, tous deux issus d’un parcours scientifique, avons entamé notre formation d’astronautes en 1983, il s’agissait d’une grande première, aussi bien pour le Centre aérospatial allemand que la NASA et le grand public. Très peu de choses avaient été accomplies à cette époque. Jusque-là, seuls quelques astronautes américains et cosmonautes russes étaient allés dans l’espace. La plupart étaient pilotes d’essai. Il y avait aussi quelques ingénieurs, mais pratiquement aucun scientifique. La science était maintenue en retrait, ou du moins, elle ne faisait pas partie des priorités des deux superpuissances qui s’affrontaient dans la conquête de l’espace. Nul besoin d’être spationaute pour être fasciné par l’idée d’un voyage dans l’espace. L’industrie aérospatiale est à l’origine d’une multitude d’avancées dans les secteurs des télécommunications, de la navigation, de l’observation terrestre, de la recherche spatiale et de nombreux autres domaines technologiques. Mais le plus grand progrès imputable à l’astronomie est probablement le changement de perception à l’égard de notre planète. Les photos prises de l’espace permettent en effet de se rendre compte de sa beauté et de relativiser sa taille. Simple îlot dans l’infinitude de l’espace, la Terre doit être protégée en opérant un changement de mentalité radical pour l’homme, habitué à vivre en conflit avec la nature. Dans les années 1970, la NASA a réservé un accueil glacial à la proposition des Européens, qui souhaitaient participer au développement de la navette spatiale américaine. On leur offrit simplement un petit module, que beaucoup jugeaient sans importance et sans lequel la navette aurait quand même pu décoller. Il s’agissait du Spacelab, construit par des ingénieurs européens, allemands pour la plupart. Si nous n’avions pas été originaires du pays de Hermann Oberth, Werner von Braun et autres grands pionniers des vols spatiaux, nous aurions eu encore plus de difficulté à nous faire accepter par nos puissants partenaires. La mission Spacelab D1 STS-61A, qui s’est déroulée du 30 octobre au 6 novembre 1985, avait pour objectif de conduire diverses expériences scientifiques dans plusieurs domaines : physique des fluides, recherche sur les matériaux, procédés de fabrication, médecine et biologie. Les expériences devaient être réalisées en microgravité et nécessitaient donc l’apesanteur de l’espace. Nous avons étudié des effets jusqu’ici inexplorés sur l’interface fluide-mécanique et les réactions de solidification et nous avons également analysé les réactions chimiques de différents objets d’étude. Les expériences visaient notamment à étudier les effets de l’apesanteur sur le corps humain et le comportement de différents matériaux, tels que les liquides, les alliages, les composites et les cristaux. La fascination pour l’espace Le professeur Ernst Messerschmid, scientifique et astronaute, à bord de la mission Spacelab D1.

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